23 juin 2017

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Test Specialized S-Works Tarmac SL5

Récemment j’ai eu l’occasion de rouler sur un cadre haut de gamme: le Specialized S-Works Tarmac SL5 !

En revanche le mien était équipé en Shimano Ultégra mécanique 11v, de roue aluminium à pneus de 30mm de profil de chez Alpins Wheel. Pour rappel, les équipes World Tour l’ont en Campagnolo Super Record (Astana & Saxo-Bank) ou en Shimano Dura-Ace Di2 (Etixx Quick-step)… Toujours en comparaison des équipes World Tour, celui de mon essai avait le pédalier Ultégra à mon grand regret car je n’ai entendu que du bien du pédalier Specialized (manivelles creuses en carbone très rigide, et axe aluminium Oversized bénéficiant d‘un concept d‘assemblage Hirth (comme les pédaliers Campagnolo) qui équipe d’origine ce cadre avec ses roulements céramiques au format OSBB.

L’adaptateur qui permet de monter le pédalier Shimano a des roulements classiques (méfiez-vous de ce qui est écrit sur un cadre, seul un démontage ou une certaine habitude de ce genre de roulements vous permettra de connaitre si vous êtes en possession de roulements céramiques ou non…)

Le cadre est en carbone à haut module FACT 11R (S-WORKS). Issue du concept Rider-First Engineered™ , toute nouvelle approche de la conception de vélos, qui s’inspire directement du partenariat avec McLaren, entreprise leader en F1 ! Grâce à ce partenariat, Specialized annonce qu’ils ont conçu leur cadre spécifiquement pour chaque taille de manière à ce que celui-ci colle le mieux aux utilisateurs. Les ingénieurs ont été en mesure d’atteindre des niveaux inédits de rigidité et de confort grâce en bonne partie à des séquences de laminage spécifiques dans les endroits stratégiques. La rigidité là où il faut et la souplesse là où cela compte le plus. Telle est la nouvelle évolution dans les performances du Tarmac annoncé par Specialized !

En ce qui concerne la géométrie, elle est assez classique et permet de retrouver sa position facilement, les angles sont assez relevés ce qui annonce un comportement nerveux. Le slopping est tout de même accentué (48cm axe pédalier – axe tube horizontal pour ce cadre en 54cm !) mais discret à l’œil grâce au tube supérieur oblique. Ces formes donnent un aspect docile à ce vélo malgré le très gros diamètre du tube transversal (presque aussi gros qu’un bidon !). Pour finir avec les présentations, ce SL5 ainsi équipé accuse 7Kg230 sur la balance, le poste de pilotage en aluminium ne joue pas la carte de la légèreté. Je tiens à vous préciser que celui de mon test était un 54cm soit un cadre un peu grand pour moi (un 52 aurait été plus adapté), j’ai tout de même réussi à me poser et ainsi pouvoir vous donner mes impressions et mon avis sur cette machine.

Maintenant que les présentations sont faites, passons à l’essai et donc vérifions ces dires…

Tout d’abord, j’ai trouvé le réglage de la tige de selle à tampons tangents très discret et très efficace. En effet l’intégration dans le tube supérieur est parfaite, le réglage se fait avec une clé Allen de 4mm au couple. Pas la peine d’être plus « généreux » que le couple prescrit, vous risquez de casser le système de blocage de la tige de selle qui ne bouge absolument pas ! D’un diamètre de 27,2mm en carbone, elle filtre bien les vibrations, le recul de 20mm m’a permis de trouver mon réglage. L’intégration des câbles est propre.

Sous le boitier, le cache se démonte et se remonte facilement en offrant un bon accès aux câbles. Celui-ci est troué de manière à laisser s’évacuer l’eau qui viendrait éventuellement rentrer dans votre cadre.

C’est donc en Guadeloupe sur des revêtements de toutes sortes que je pars rouler avec ce fameux Specialized S-Works Tarmac SL5. Dès les premiers tours de roues, je sens une certaine nervosité de l’ensemble, les roues fabuleuses d’un des meilleurs artisans français y sont aussi pour quelque chose…

D’autant plus qu’elles ne sont pas chaussées de pneus haut de gamme, des Continental Grand Prix ! Un bon pneu d’entrainement ou pour des « coursettes » mais bien loin d’un GP 4000SII par exemple ou un boyau à tringles Tufo Hi-Composite…

Sur une portion plate et face au vent, je me positionne les mains au creux du cintre, en bec de selle à la manière d’un poursuiteur pour enrouler un braquet assez important. Le Tarmac se montre docile, la puissance est transmise à la roue arrière sans trop de perdition, le gros tube transversal qui vient englober le boitier de pédalier en est l’origine, nous verrons cela plus en détail un peu plus loin.

J’arrive sur un petit raidillon qui me fait « lever le cul », le Spe se met à me renvoyer comme un métronome à chaque coup de pédale, je suis surpris d’une telle nervosité ! Je dois avouer que j’ai toujours une cadence élevée, mes relances s’effectuent dans les 80 à 85tr/min. A la bascule je me rassois et tombe les dents, les haubans encaissent, je sens le cadre qui me pousse vers l’avant, une incitation à l’attaque ! Cela confirme les attentes de cette géométrie relevée, c’est très nerveux !

Ayant baissé un peu mon régime, j’arrive dans des portions où de véritables murs vont se dresser face à moi ! En Guadeloupe, il n’y a pas de grands cols mais plus des bosses courtes (1 à 2km) mais raide (10 à 15%). Au pied, je tombe le 39 (je dois avouer que l’Ultégra se manie comme le Dura-Ace en un peu moins souple tout de même !) et entame le premier mur au sprint, toujours avec une bonne cadence, le SL5 me propulse vers l’avant et me renvoie mes coups de pédales comme un ressort, j’ai l’impression d’être Contador en pleine attaque qui danse sur sa machine ! Les haubans qui sont pourtant d’une longueur classique en 405mm en sont en partie l’origine. C’est principalement la conception de ce cadre qui permet cette nervosité: le FACT avec boitier de pédalier et bases monocoque. Le boitier de pédalier et les bases sont moulés ensemble, formant un seul bloc avec l’enveloppe en carbone du boitier de pédalier. Ceci produit un ensemble extrêmement rigide, sans jonction depuis le boitier de pédalier jusqu’aux pattes, éliminant le risque de faiblesse. Cette conception résiste à la déformation sous les charges extrêmes du pédalage pour un transfert de puissance plus efficace.

Je me jette dans la descente courte mais technique à vive allure. La douille de direction, très large et conique, assure une conduite et une précision sans faille ! Je suis en toute confiance, je me permets des angles très prononcés avec des freinages tardifs. Celle-ci a été spécialement conçue pour les cadres Tarmac, elle s’effile de 1-1/8” au sommet à 1-1/2”, 1-3/8” ou 1-1/4” au niveau du té de fourche selon la taille de cadre! Décidément chaque taille de cadre dispose d’une conception spécifique.

Le retour s’effectue sur des portions vallonnées balayées par quelques rafales de vent. Au train, j’ai toujours cette sensation de vouloir et pouvoir emmener plus de braquet, et à chaque talus, cette nervosité si plaisante pour ceux (comme moi) qui sont très souvent en danseuse !

Pour conclure, j’avoue avoir été très agréablement surpris par ce vélo. Certes c’est un vélo haut de gamme dont on peut attendre beaucoup mais à mon sens il s’agit d’un vélo de coursier ou pour cyclosportifs en forme ! Je pense que même si vous n’êtes pas en condition, il ne sera pas un poids mort à tirer. Il est assez nerveux et facile d’utilisation pour ne pas vous « planter » lors d’une baisse de régime ; mais pour profiter à 100% de ce cadre, il faudra être en forme et ne pas avoir peur de le solliciter dans tous les sens.

Pour votre porte-monnaie, le nouveau Tarmac 2015 est dans une fourchette légèrement plus haute que celle du S-Works Tarmac SL4 ; voici une moyenne de prix :

  • 3199€ pour le kit Cadre Tarmac S-Works (Cadre + fourche + tige de selle S-Works Carbon + jeu de direction + insert de boitier de pédalier)
  • 7499€ pour le Tarmac S-Works Dura Ace
  • 8999€ pour le S-Works Tarmac Disc Dura Ace
  • 5999€ pour le Tarmac Pro Disc Race UDi2 (Shimano Ultegra)

Si vous avez une âme de requin (de Messine) affamé de victoire et armé de pistolets (El Pistorello) pour dégainer à chaque accélération alors ce Specialized Tarmac SL5 est fait pour vous ! En revanche si vous chercher un vélo pour promener à un rythme plus tranquille le long des berges, ou sur des réseaux routiers secondaires voir détériorés, dirigez-vous vers un « Allez » voire un « Roubaix »…